Thursday, January 13, 2011

Robert De Niro le bel épuisé

Robert De Niro semblait incarner l'homme robuste, positivement survolté, à la mode de Martin Scorsese, versions Taxi Driver et Raging Bull. Et plus le temps passe, plus cette image est fausse. La carcasse est vide, l'homme mélancolique, doué d'une énergie qui ne change rien à rien. Il s'évapore. Robert De Niro est passif. Il ne fait rien pour améliorer le sort d'un film, rien pour faire avancer une histoire. Il stagne. C'est son jeu, sa beauté, son temps. Un peu comme si Beckett lui avait donné des cours d'Actors Studio.

Ses deux plus beaux rôles sont sans doute ceux de Heat (Michael Mann) et What just happened? (Barry Levinson). Ou comment il devient évident que Robert De Niro n'a jamais eu l'énergie nécessaire pour s'en sortir. Soit il meurt soit il déprime un peu plus à la fin. Il incarne un personnage deleuzien d'épuisé. C'est qu'il est d'une génération d'épuisés. Voici donc un bref portrait de l'artiste pour le célébrer. Et le sortir enfin de son image dynamique donnée par Taxi Driver. Son excès langagier, son dynamisme y sont suspects et révèlent l'inertie de l'acteur, sa forme apathique, son indifférence au monde. Scorsese est d'ailleurs un cinéaste non pas dépressif mais totalement déprimé: il tourne en rond et n'arrive à rien; il s'énerve en fragments décousus. Il ne sait plus qu'il est triste. D'où le choix de Robert De Niro, acteur à l'énergie performative nulle, à la capacité de changement du monde environnant inexistante voire négative.

La belle nature de l'acteur n'est-elle pas de ralentir un film, de décélérer le cours des images. nous engager dans la voie de l'inertie et la contemplation ? Robert De Niro apôtre de l'ataraxie?

Rémy Russotto