Perfection du choix
Le disque laser ne s'use pas. La pellicule flambait. Le disque dure... Les nuages informatiques, la matière digitale échappent à la corrosion, sinon à imaginer une fissure locale capable d'effacer la toile et de faire tout disparaître. Aussi le disque impose de se confronter sempiternellement aux mêmes fins. Il déroule ses films impeccablement, sans chuter, s'user, s'arrêter. Le disque est un bourreau parfait. Il ne manque jamais son coup. Il nous faudra regarder Kim Novak mourir à coup sûr dans Vertigo, mourir deux fois et tomber à la fin. Rien n'y fera. Elle tombera. Mais l'usure de la pellicule était-elle meilleure? Permettait-elle de rêver d'autres fins, les films s'interrompant pour préserver d'autres sorts? Certainement pas. Le disque laser a-t-il changé quelque chose? Le digital change-t-il quelque chose? Non, il clarifie ce qui était déjà clair. Un film est une boucle dont on ne sort pas. On ne sort pas d'une image. Chacune s'imprime sur la rétine et ne sort pas. Il ne faut pas sous-estimer l'importance d'une photographie. Leur multiplication fait peur. Mais il est possible d'utiliser les images vues pour s'adonner au contrôle et jouer. Par exemple, pour sortir Kim Novak de Vertigo et la sauver, il suffit de voir Neo sauver Trinity dans Matrix. De surimposer une image à l'autre, de remplacer un héros par un autre, de surenchérir l'histoire, constituer une lignée.
Rémy Russotto

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