Baby never sleeps
Les apparences ne trompent pas. La fin du dernier film d'Oliver Stone, Wall Street - Money Never Sleeps (2010) n'est pas un happy-end. Bien au contraire. Tout y semble parfait. La famille est réunie. Les collègues sourient. Tout le monde est apparemment insouciant, une coupe de champagne à la main. Et dans les bras de Michael Douglas, l'abominable Gordon Gekko, son petit-fils. Un bébé. Pourquoi cet enfant est-il la pire créature d'horreur imposée à l'écran depuis longtemps (The Thing, John Carpenter, 1982)? Car elle est le fruit d'un échange immonde. Un marchandage entre le beau-fils de Michael Douglas, Shia LaBeouf, et ce grand personnage de série, de fiction, Gordon Gekko: tu peux devenir grand-père, voir ton petit-fils, à condition de rendre ce que tu as pris à ta fille (100 millions de dollars). Le résultat de ce marchandage est un monstre dans les bras de celui qui, pour Oliver Stone, doit incarner le mal. Du coup, Gordon Gekko a un affreux descendant, pire que lui car tâché dès sa conception par un péché originel qui fait se mélanger le sentimental, l'intime aux lois du marchandage. Ce second épisode de la série est beaucoup plus accablant que le premier. Il est, si l'on veut, beaucoup plus critique car il n'épingle pas un système mais nos coeurs.
Mais le film n'est pas aussi clair car Oliver Stone a toujours été un peu fleur bleue, un peu lourd, un peu délicat, un peu paresseux et, quand il critique les Etats-Unis, film après film, on ne le croit pas vraiment. On sait qu'il aime plus que tout son pays, les stars, l'argent. On le comprend. Nous aussi nous aimerions bien que...Il est doux et il est aussi un peu vulgaire. Voir cette scène de son dernier film quand les deux golden boys de New-York enjambent leurs Ducati: Oliver Stone filme ses machines et ceux qui les enjambent avec un plaisir évident. Comment ne pas céder? Comment ne pas aimer ces moteurs qui ronronnent au milieu des forêts splendides? Comment ne pas aimer la vulgarité? Comment ne pas céder à un happy-end fût-il monstrueux?
Rémy Russotto

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