Le Paradis d'Henri-Georges Clouzot
Dans L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot (Serge Bromberg et Ruxadra Medea, 2009), documentaire sur le tournage rocambolesque du film inachevé de Clouzot (L'Enfer), Henri-Georges Clouzot est victime d'une crise cardiaque au meilleur moment. Quand Romy Schneider et sa douce amie s'embrassent et se caressent sous un soleil de plomb, enlacées sur une jolie barque au milieu de l'eau au mois d'août. Le réalisateur atteint ainsi la perfection et s'accapare tout son cinéma. Tous ses films posent en effet une seule question que L'Enfer fait exploser: quel peut être l'effet d'une bombe sur les autres personnages du film, le spectateur, le scénario...? Exemple (1): pour savoir quels effets peut avoir Brigitte Bardot sur ses proches, le cinéma, le monde, il faut voir La Vérité (1960). Exemple (2): quatre hommes acceptent d'emmener au péril de leur vie un chargement de nitroglycérine sur cinq cents kilomètres de routes défoncées et Le Salaire de la Peur (1953) devient le Rear Window (Alfred Hitchcock, 1954) de Clouzot, un film théorique réfléchissant le cinéma lui-même (quel est l'effet d'une bombe ou d'une starlette sur le film, le spectateur, le monde?). Avec son film maudit, L'Enfer, il aura enfin trouvé une vraie bombe et, se la faisant sauter, il ne l'offrira ni au spectateur ni au cinéma. Il la gardera pour lui. D'un film considéré comme maudit, parce qu'inachevé, il aura réussi sa vie: prolonger les effets explosifs de la bombe et se les accaparer (une crise cardiaque). En comparaison, ses autres films sont des entreprises esthétiques, des œuvres, c'est-à-dire des choses irrémédiablement ratées. Merci à Serge Bromberg et Ruxadra Medea d'avoir rendue la belle chose évidente.
Rémy Russotto

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