Iron Man : Last American Hero
« It’s good to be back »
En ressuscitant la flamboyance du classicisme hollywoodien, Iron Man a aussi réactualisé et réenchanté une image de l’Amérique. La crise existentielle, tragique et politique que traverse Tony Stark dans les films de Jon Favreau tient à un objectif : réinstaller la nécessité du programme identitaire et esthétique américain. Non par la domination, mondiale, de sa puissance, mais l’évidence de ses valeurs dont découlent une obligation de puissance. Tony Stark est un réceptacle fragile catalysant les forces et faiblesses de son pays. Il est celui voulant « privatiser la paix » : ultime démonstration non de son arrogance décontractée, mais d’une utopie naïve et volontairement juste se jouant du libéralisme. Iron Man et Iron Man 2 ne peuvent être ainsi que des films de la transparence et mise en équation constante de cette problématique générique dont Stark est le vecteur individualisé et conceptuel. D’où l’étonnante fluidité de leurs enjeux et l’aisance constante avec laquelle se déploie Robert Downey Jr en dépit, ou justement à cause d’elles, des phases de tourments que traverse son personnage. Petit génie, sexy geek, wonderboy intelligent, charmeur élégant, sentimental pudique, adulte mélancolique, narcissique généreux, héros faillible, Stark met à valeurs égales son individu et le monde. Fort logiquement, il assume son rôle de bouclier militaire, défenseur personnel d’une paix universelle là où l’armée, américaine, défend d’abord ses frontières, ses objectifs, son économie. En cela, il est le dernier garant idéaliste d’une utopie que les politiques de son pays ne sont plus capables de promouvoir. Il fait survivre le rêve d’une puissance et justice unilatérale indiscutable parce que remise entre les mains d’un seul homme (à une aberration il substitue une évidence replaçant l'être devant tout système). En s’opposant aux règles du gouvernement américain, Iron Man ne rompt pas avec ses origines démocratique, il revient aux sources révolutionnaires émancipatrices et réconcilie théoriquement Jefferson avec Adams. Stark est l’individu libre et aristocrate d’une Amérique lointaine qui revient sur le devant de la scène. Son horizon ? Par-delà les origines, il se dessine autour des 80’s (argent, mythe du golden boy, images rutilantes) et des 50’s : non pour retrouver le goût des polarités (Est/Ouest ressuscitées avec le personnage de Mickey Rourke), mais l’idée d’une Amérique triomphante et heureuse, sûre d’elle et ses valeurs, continuant à déverser sur le monde un cinéma qui sera une usine à rêve et dont les films s’inspirent. Jamais patriotique, Iron Man crée l’image d’un héros jouissant sans entraves, défait des contraintes matérielles et de toutes tendances matérialistes : sa richesse personnelle le place moins du côtés des héritiers milliardaires capitalistes que d’une famille royale (en cela il est aussi une figure à la fois contradictoire et cohérente de l'Amérique). Il est un prince blessé en quête de liberté absolue voyant dans la technologie un moyen d’élever l’humanité en neutralisant sa barbarie. Quand, dans le premier épisode, Robert Downey Jr demande après avoir échappé aux terroriste un « american cheeseburger », il faut voir, encore, dans cette requête, le symbole ou symptôme de ce qui traverse le film et son personnage. Le sandwich est non un objet de complaisance identitaire, mais un garant éthique de cette identité. L’Amérique réduite à un cliché, c’est l’assurance d’un retour simple, évident, transparent, à des bases pour enterrer le traumatisme des armes que Stark a vendu aveuglément. Un motif simple, concret et simultanément idéaliste qui se transformera en armure de métal : soit selon ses volontés, la dernière arme de l’humanité, l’arme ultime, par laquelle la paix mondiale serait possible (il devient presque un demi-Dieu). Iron Man 2 met en péril ce programme trop facile et tente, faussement, de réconcilier Stark avec l’armée (réclamant de nationaliser son armure), tout en lui créant une Némésis afin de faire vaciller son trône. Mais on sait ou se plaît à penser que cette entente et mise en danger sont impossibles, et les films en témoignent : Robert Downey Jr demeure au centre, il écrase le casting, domine le scénario, prend le contrôle des images. Stark/Iron Man reste sous les projecteurs, il est magnétique et illumine. Peu importe même qu’il cède de la place à un complice (Rodhey), c’est lui le king, il rayonne sans partage (Justin Hammer, double négatif, en fait les frais). De cet ensemble naît enfin la nitescence des films, qui propagent leurs éléments tel un rayon de lumière, avec une clarté et limpidité constante dont la mise en scène se fait le relai.
Jérôme Dittmar
En ressuscitant la flamboyance du classicisme hollywoodien, Iron Man a aussi réactualisé et réenchanté une image de l’Amérique. La crise existentielle, tragique et politique que traverse Tony Stark dans les films de Jon Favreau tient à un objectif : réinstaller la nécessité du programme identitaire et esthétique américain. Non par la domination, mondiale, de sa puissance, mais l’évidence de ses valeurs dont découlent une obligation de puissance. Tony Stark est un réceptacle fragile catalysant les forces et faiblesses de son pays. Il est celui voulant « privatiser la paix » : ultime démonstration non de son arrogance décontractée, mais d’une utopie naïve et volontairement juste se jouant du libéralisme. Iron Man et Iron Man 2 ne peuvent être ainsi que des films de la transparence et mise en équation constante de cette problématique générique dont Stark est le vecteur individualisé et conceptuel. D’où l’étonnante fluidité de leurs enjeux et l’aisance constante avec laquelle se déploie Robert Downey Jr en dépit, ou justement à cause d’elles, des phases de tourments que traverse son personnage. Petit génie, sexy geek, wonderboy intelligent, charmeur élégant, sentimental pudique, adulte mélancolique, narcissique généreux, héros faillible, Stark met à valeurs égales son individu et le monde. Fort logiquement, il assume son rôle de bouclier militaire, défenseur personnel d’une paix universelle là où l’armée, américaine, défend d’abord ses frontières, ses objectifs, son économie. En cela, il est le dernier garant idéaliste d’une utopie que les politiques de son pays ne sont plus capables de promouvoir. Il fait survivre le rêve d’une puissance et justice unilatérale indiscutable parce que remise entre les mains d’un seul homme (à une aberration il substitue une évidence replaçant l'être devant tout système). En s’opposant aux règles du gouvernement américain, Iron Man ne rompt pas avec ses origines démocratique, il revient aux sources révolutionnaires émancipatrices et réconcilie théoriquement Jefferson avec Adams. Stark est l’individu libre et aristocrate d’une Amérique lointaine qui revient sur le devant de la scène. Son horizon ? Par-delà les origines, il se dessine autour des 80’s (argent, mythe du golden boy, images rutilantes) et des 50’s : non pour retrouver le goût des polarités (Est/Ouest ressuscitées avec le personnage de Mickey Rourke), mais l’idée d’une Amérique triomphante et heureuse, sûre d’elle et ses valeurs, continuant à déverser sur le monde un cinéma qui sera une usine à rêve et dont les films s’inspirent. Jamais patriotique, Iron Man crée l’image d’un héros jouissant sans entraves, défait des contraintes matérielles et de toutes tendances matérialistes : sa richesse personnelle le place moins du côtés des héritiers milliardaires capitalistes que d’une famille royale (en cela il est aussi une figure à la fois contradictoire et cohérente de l'Amérique). Il est un prince blessé en quête de liberté absolue voyant dans la technologie un moyen d’élever l’humanité en neutralisant sa barbarie. Quand, dans le premier épisode, Robert Downey Jr demande après avoir échappé aux terroriste un « american cheeseburger », il faut voir, encore, dans cette requête, le symbole ou symptôme de ce qui traverse le film et son personnage. Le sandwich est non un objet de complaisance identitaire, mais un garant éthique de cette identité. L’Amérique réduite à un cliché, c’est l’assurance d’un retour simple, évident, transparent, à des bases pour enterrer le traumatisme des armes que Stark a vendu aveuglément. Un motif simple, concret et simultanément idéaliste qui se transformera en armure de métal : soit selon ses volontés, la dernière arme de l’humanité, l’arme ultime, par laquelle la paix mondiale serait possible (il devient presque un demi-Dieu). Iron Man 2 met en péril ce programme trop facile et tente, faussement, de réconcilier Stark avec l’armée (réclamant de nationaliser son armure), tout en lui créant une Némésis afin de faire vaciller son trône. Mais on sait ou se plaît à penser que cette entente et mise en danger sont impossibles, et les films en témoignent : Robert Downey Jr demeure au centre, il écrase le casting, domine le scénario, prend le contrôle des images. Stark/Iron Man reste sous les projecteurs, il est magnétique et illumine. Peu importe même qu’il cède de la place à un complice (Rodhey), c’est lui le king, il rayonne sans partage (Justin Hammer, double négatif, en fait les frais). De cet ensemble naît enfin la nitescence des films, qui propagent leurs éléments tel un rayon de lumière, avec une clarté et limpidité constante dont la mise en scène se fait le relai.
Jérôme Dittmar

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