Sunday, February 14, 2010

Puissance

Si le sol se dérobe sous les pieds de John Cusack dans 2012 (Roland Emmerich, 2009), c'est pour mieux le faire rejoindre Lily Cole dans The Imaginarium of Doctor Parnassus (Terry Gillliam, 2009). Les deux films développent un même espace, sans dimension définie, où les héros peuplant nos vies habitent. Le premier, catastrophique, fait exploser la terre de Los Angeles créant un espace où les personnages et les spectateurs perdent pieds. Roland Emmerich rompt la croûte terrestre pour révéler le vide sur lequel elle s'accroche, et non pour la fissurer irrémédiablement. Il crée ainsi un vaccuum où les notions d'épicentre, centre de gravité et ligne de fuite perdent leurs valeurs (sinon dans le ciel où John Cusack et sa famille s'empressent systématiquement de se loger). Ceci le rend capable de redessiner la géographie terrestre autant que les contours futurs de la race humaine. Du vide il fait un comparse. Aussi, le dernier film de Terry Gilliam fissure les édifices, construit et défait sans cesse ses décors pour construire son histoire. Le membre des Monty Python actionne le levier de l'extrême versatilité des décors pour révéler le vide qui les soutient et dès lors multiplier un imaginaire hors-normes, débarrassé de toute base stable. Celui, précisément, d'un lieu sans dimension où les pouvoirs de la fiction sont sans limites (clef de voûte de l'humour). Comme Roland Emmerich, du vide il fait un adjuvant qui propulse simultanément les spectateurs et les personnages vers un lieu qui ne compte ni un, ni deux, ni trois dimensions mais d'infinis espaces. Ils rejoignent ce faisant l'art de Méliès qui en deux plans (apparition/disparition) ouvrait la voie de l'impossible et du sans-limite. Spinozistes et pascaliens.

Les deux réalisateurs placent leurs films joyeux dans une histoire différente de celle, triste, écrite notamment par Avatar (James Cameron, 2009) ou par David Cronenberg, conservateurs de petits secrets de l'espèce humaine. Car ce dernier rationalise l'imaginaire (montrant ses limites, ses dangers), se faisant le continuateur d'une tradition bourgeoise d'explicitation du monde (réduction), quand le dernier film de James Cameron s'efforce de montrer ce qui dû rester à jamais caché car relevant, pour l'heure, du pouvoir exclusif de Dieu: une troisième dimension - qu'il rend sans dimension (appauvrissement).

Rémy Russotto