Breakfast at Tiffany's, it's over
Une scène suffit à résumer Sex and the City, le film : Sarah Jessica Parker emploie une assistante qui comme elle est une fashion addict venue de sa province pour trouver l'amour à New York. La veille de Noël, l'assistante offre à son mentor un DVD de Meet Me in St Louis (Le chant du Missouri), le beau film de Vincente Minnelli avec Judy Garland -clin d'oeil à la ville natale de cette secrétaire zélée. En réponse, la Cendrillon décérébrée qui ne jure que par Dior ou Prada tout en faisant miroiter la vertu des sentiments, lui offre un sac Vuitton. L'assistante pourra donc enfin cesser de louer ses sacs, désormais elle détient le sésame, l'étiquette, son signe extérieur de richesse. Inutile de chercher une quelconque trace de cynisme, cette scène nous est confiée sur le ton de la confidence, de la vérité, Vuitton c'est le rêve, l'objet du désir, votre ticket d'entrée en société, peu importe le sac, c’est le nom qui compte. Le film est bien sûr incapable de montrer, encore moins de dire, que le luxe est aujourd'hui l'apanage des ploucs, qu'il est défendu, vanté, porté par ceux pour qui il représente inconsciemment ou pas un mépris de l'autre -et qui généralement n'espèrent qu'une chose : renier ce qu'ils sont en vérité, au prix d'un retournement dialectique aveugle sur eux-mêmes. Le luxe est devenu le plus grand crime de masse du capitalisme, Dior, Prada, Vuitton (pas Marc Jacobs, les créateurs, c'est autre chose) etc, les marques de l'exclusion par l'inclusion autour de fétiches ou totems. Le luxe est laid, vulgaire, idiot, à l'image des quatre héroïnes de Sex and the City qui sur un écran beaucoup trop grand pour elles révèlent leur nature. Dans l'axe L.A, New York, Londres, Paris, Tokyo et désormais Shanghai ou Dubaï, le luxe a remplacé l’imaginaire du conte de fée, il est devenu le rêve bassement matérialiste et bouché d'une vie au crochet d'un sac à main comme anxiolytique. Sex and the City, le film davantage que la série (qui par la réduction des enjeux du format pouvait se permettre, à la rigueur, de situer son axiome plus bas, plus proche finalement de la presse féminine où il est né en collant au quotidien), est devenu le meilleur représentant publicitaire de cette vie soumise au conditionnement fétichiste obsessionnel d'une médiocrité camouflée derrière les apparences de l'élégance (pervertie, anéantie). Il est symétrique de ce New York post Giuliani qui a javellisé la ville pour la transformer en vitrine étincelante où plus rien n'empêcherait la machine de tourner à plein régime : laissant ainsi la conscience tranquille aux habitants de la 5ème avenue qui désormais peuvent vivre en paix leurs petits tourments existentiels, pendant que les immigrés font des attentats du 09/11 leur fond de commerce à renfort de bibelots débiles (rêvant, peut-être, d'un jour vivre sur la 5ème avenue).
Le triomphe de cette arrogance qui a déplacé la beauté des objets vers un champ nouveau créant l'illusion fallacieusement vertueuse de la démocratie dopée au libéralisme, ruine la réelle puissance esthétique encore contenue dans ces choses. L'héroïne de Sex and the City, qui assume et incarne presque à elle seule cette forme d'insouciance d'une vie dévouée à la mode que seuls des petits tracas existentiels viennent bouleverser, est le symbole-prétexte de toutes celles qui projettent en elle leur mot d'excuse pour se défendre d'appartenir au ronronnement docile de ce capitalisme décomplexé où règne la vulgarité de masse. Elle est leur Christ par qui elles obtiennent l’absolution ; l’idole des existences banales participant au règne du laid par perversion/inversion du beau ; celle par qui le superficiel devient rapport de force, guerre, et non coexistence pacifique ludique. La comédie romantique d'habitude si métaphysique à Hollywood n'est devenue qu'un prétexte où l'amour sert d'ornement final. Il est le diadème d'une existence soumise non pas au raffinement esthétique des créateurs de mode, mais à l’obscénité symbolique qui l’a remplacée. Il n’est en définitive -et quoiqu’en dise le film tentant pathétiquement de s’en défendre au final-, qu’un accessoire, une marque de plus dont on aurait retiré l’éventuelle puissance créative pour n’en garder que le signe d’une double exclusivité sociale et économique. Le plus grand crime de Sex and the City est d’avoir donné une réalité au conte de fée, d’avoir fait descendre les princesses de leur palais imaginaire, donnant des noms à des robes autrefois taillées dans l’étoffe de l’impossible. Le rêve pose désormais ses conditions, et il n’y a certainement pas moins démocratique, pas plus triste. Sarah Jessica Parker ne regardera d’ailleurs pas Meet Me in St Louis jusqu’au bout, elle préfère se coucher, Minnelli et son cinéma du rêve n’ayant pas réussi à la sortir de sa déprime. Sans doute qu’elle n’est pas capable de le voir, son rêve à elle est bien trop terre-à-terre.
Jérôme Dittmar
Le triomphe de cette arrogance qui a déplacé la beauté des objets vers un champ nouveau créant l'illusion fallacieusement vertueuse de la démocratie dopée au libéralisme, ruine la réelle puissance esthétique encore contenue dans ces choses. L'héroïne de Sex and the City, qui assume et incarne presque à elle seule cette forme d'insouciance d'une vie dévouée à la mode que seuls des petits tracas existentiels viennent bouleverser, est le symbole-prétexte de toutes celles qui projettent en elle leur mot d'excuse pour se défendre d'appartenir au ronronnement docile de ce capitalisme décomplexé où règne la vulgarité de masse. Elle est leur Christ par qui elles obtiennent l’absolution ; l’idole des existences banales participant au règne du laid par perversion/inversion du beau ; celle par qui le superficiel devient rapport de force, guerre, et non coexistence pacifique ludique. La comédie romantique d'habitude si métaphysique à Hollywood n'est devenue qu'un prétexte où l'amour sert d'ornement final. Il est le diadème d'une existence soumise non pas au raffinement esthétique des créateurs de mode, mais à l’obscénité symbolique qui l’a remplacée. Il n’est en définitive -et quoiqu’en dise le film tentant pathétiquement de s’en défendre au final-, qu’un accessoire, une marque de plus dont on aurait retiré l’éventuelle puissance créative pour n’en garder que le signe d’une double exclusivité sociale et économique. Le plus grand crime de Sex and the City est d’avoir donné une réalité au conte de fée, d’avoir fait descendre les princesses de leur palais imaginaire, donnant des noms à des robes autrefois taillées dans l’étoffe de l’impossible. Le rêve pose désormais ses conditions, et il n’y a certainement pas moins démocratique, pas plus triste. Sarah Jessica Parker ne regardera d’ailleurs pas Meet Me in St Louis jusqu’au bout, elle préfère se coucher, Minnelli et son cinéma du rêve n’ayant pas réussi à la sortir de sa déprime. Sans doute qu’elle n’est pas capable de le voir, son rêve à elle est bien trop terre-à-terre.
Jérôme Dittmar

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