Redacted
En regardant Redacted vient un sentiment étrange. On attend que le viol ait lieu. On attend le crime. On sait que le film est l'histoire d'un viol et d'un crime. Donc on l'attend. Tout ce qui l'entoure n'a aucune autre signification. Le reste est une baudruche théorique. Dès que le crime a eu lieu, rien n'a eu lieu que le crime. Il est alors possible de sortir de la salle. Comblé. Car effectivement De Palma y comble un trou, remplit d'images ce que l'on est venu voir. Il satisfait l'oeil. Un "oeil mort du contrôle", si l'on veut, rendu idiot par le discours politique. La frontalité du film n'a d'égale que sa capacité à rendre tout discours sur la qualité des images du film raplapla. Et c'est bien ce raplalapa qui doit exciter De Palma, ce comblement (négatif ou en apparence neutralisé) de l'oeil. Car les films de De Palma n'ont jamais raconté l'histoire d'une faille. Qu'une image soit fausse n'a jamais eu aucune importance dans son cinéma car ce qu'il a toujours fait, c'est combler l'oeil pour le satisfaire. Ce comblement avait pris des proportions amoureuses et extra-territoriales dans le merveilleux Mission to Mars (2000) avant de se voir accordé une forme criminelle parfaite dans The Black Dahlia (2006), finissant par l'image de Scarlett Johansson-figure maternelle du film demandant au héros de cesser ses bêtises et de venir à l'intérieur de chez elle : "come inside", disait-elle (voir Baby it's cold outside). Régression parfaite, retour au sein maternelle. Comblement. Viol heureux. De Palma est un cinéaste régressif. A la recherche de l'incubation, de l'image maternelle parfaite, ronde et heureuse. Le viol est son envers. Effectivement, dans Redacted, le soldat américain prend l'Irakienne par derrière.
Rémy Russotto
Rémy Russotto

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