Note sur les films de Michael Mann
La publicité réalisée par Michael Mann pour Nike confirme une chose qui n'avait pas besoin d'être confirmée. Michael Mann est un grand réalisateur, c'est donc un grand obsédé. Le réalisateur filme toujours la même chose: la traversée d'un homme qui, pour se déplacer d'un point a à un point x, se débarasse des figures qui le gênent. Concrètement, cela s'exprime dans sa forme pure à deux endroits:
1. Dans Heat (1995), il s'agit de la sortie de la banque quand Robert De Niro doit exterminer toute la police de New York sur la cinquième avenue pour atteindre le point de fuite et inscrire physiquement sa trajectoire dans la ville;
2. Dans Collateral (2004), Tom Cruise traverse en ligne droite une discothèque, se débarassant violemment des corps qui le gênent, pour atteindre sa cible au fond de la salle et inscrire d'une balle dans la tête de la cible sa trajectoire rectiligne.
Ce sont des trajectoires en ligne droite qui obsèdent Michael Mann, et simultanément la suppression de ce qui empêche cette trajectoire de s'imposer pleinement. Sous leur forme active (le tueur-Tom Cruise, le voleur-Robert De Niro, le descendant-Daniel-Day Lewis dans The Last of the Mohicans) ou passive/dépressive (Russel Crowe et Al Pacino dans le très beau The Insider (1999). Des trajectoires en ligne droite qui tentent de respecter leur ligne droite, de l'inventer et l'inscrire dans le monde. Mais le monde fait résistance et il faut se débarasser de ce qui gêne l'imposition du caractère rectiligne. D'où ces postures morales et artistocratiques qui accompagnent ces films. D'où les films eux-mêmes, dialectiques. Et ces personnages qui ne veulent céder sur rien. D'où une forme excitante d'eugénisme (se débarasser de ce qui n'est pas droit, qui est faible, moralement inférieur: James Foxx est plus faible que Tom Cruise dans Collateral) et par conséquent d'imposition de la force. D'où une forme aussi de mélancolie devant l'impossibilité de réalisation absolue de ce phantasme. D'où enfin une forme de romantisme noir (Miami Vice, 2006) où l'amour pourrait jouer un rôle plus grand qu'il ne semble ?
Rémy Russotto
1. Dans Heat (1995), il s'agit de la sortie de la banque quand Robert De Niro doit exterminer toute la police de New York sur la cinquième avenue pour atteindre le point de fuite et inscrire physiquement sa trajectoire dans la ville;
2. Dans Collateral (2004), Tom Cruise traverse en ligne droite une discothèque, se débarassant violemment des corps qui le gênent, pour atteindre sa cible au fond de la salle et inscrire d'une balle dans la tête de la cible sa trajectoire rectiligne.
Ce sont des trajectoires en ligne droite qui obsèdent Michael Mann, et simultanément la suppression de ce qui empêche cette trajectoire de s'imposer pleinement. Sous leur forme active (le tueur-Tom Cruise, le voleur-Robert De Niro, le descendant-Daniel-Day Lewis dans The Last of the Mohicans) ou passive/dépressive (Russel Crowe et Al Pacino dans le très beau The Insider (1999). Des trajectoires en ligne droite qui tentent de respecter leur ligne droite, de l'inventer et l'inscrire dans le monde. Mais le monde fait résistance et il faut se débarasser de ce qui gêne l'imposition du caractère rectiligne. D'où ces postures morales et artistocratiques qui accompagnent ces films. D'où les films eux-mêmes, dialectiques. Et ces personnages qui ne veulent céder sur rien. D'où une forme excitante d'eugénisme (se débarasser de ce qui n'est pas droit, qui est faible, moralement inférieur: James Foxx est plus faible que Tom Cruise dans Collateral) et par conséquent d'imposition de la force. D'où une forme aussi de mélancolie devant l'impossibilité de réalisation absolue de ce phantasme. D'où enfin une forme de romantisme noir (Miami Vice, 2006) où l'amour pourrait jouer un rôle plus grand qu'il ne semble ?
Rémy Russotto

<< Home