Monday, May 28, 2007

Les jupes des filles

Dans son exécrable livre consacré à Delphine Seyrig (Comme une apparition, Actes Sud), François Poirié raconte néanmoins l'une ou l'autre anecdote digne d'intérêt. Par exemple, que lors de la sortie de L'année dernière à Marienbad, Alain Robbe-Grillet, qui en était le scénariste, ne cessait de répondre aux journalistes désireux de connaître la signification du film, qu'il n'y avait "rien à comprendre, rien à comprendre !" Et si cette exclamation était la clé de l'entièreté du cinéma de Robbe-Grillet ? Dans C'est Gradiva qui m'appelle, son dernier film, un écrivain américain tente de finir un livre sur Delacroix, installé dans un palais en ruines à proximité de Marrakech. Un fantôme bavard, des actrices de spectacles érotico-sadiques, des arabes à la diction théâtrale, croisent le chemin de l'écrivain, sans que l'on sache trop si ces aventures sont réelles - ou si, au contraire, elles ne sont que le fruit de l'imagination d'une autre écrivain, que l'on voit parfois attablée à la terrasse des cafés de la Médina. Mais peu importe : il n'y a "rien à comprendre !" C'est-à-dire qu'il y a juste à regarder. Comme l'avait rappelé Jean-Luc Godard, le cinéma n'est pas un art de l'intelligence : ce n'est pas un art du supplément de signification que l'intelligence du spectateur (du réalisateur, du critique, peu importe) confère aux images. Au cinéma, ce qu'on voit suffit. Des femmes nues, des meurtres, des palais marocains en ruines, des faux Delacroix, des femmes nues, des motos rutilantes, la mer, des femmes nues, des femmes nues, des inspecteurs de police. Le cinéma de Alain Robbe Grillet ? Rien n'est plus limpide.
Laurent de Sutter