Les cinéphobes
Au début des Cinéphiles 3 : Les ruses de Frédéric (2006), Louis Skorecki fait dire à Frédéric Beigbeder que le cinéma, aujourd'hui, c'est la télé-réalité. Mais Skorecki est un tordu : lorsqu'il dit que le cinéma c'est la télé-réalité, il le pense vraiment. C'est-à-dire qu'à ses yeux la télé-réalité ne constitue pas l'équivalent contemporain du cinéma - mais plutôt la seule possibilité laissée au cinéma d'exister encore. La télé-réalité, Skorecki s'en fout. Même lorsqu'il conspue le cinéma, ce n'est toujours qu'à lui qu'il pense. A quoi pourrait ressembler un film de cinéma qui aurait accepté que la télé-réalité soit son milieu ? Peut-être aux Cinéphiles 3. C'est-à-dire à un film dans lequel il ne se passe rien, un film où des filles causent à des garçons, un film où on ne fait même plus semblant. Dans les Cinéphiles 3, les actrices et les acteurs regardent la caméra, ne cachent pas le fait qu'ils lisent leur texte par terre, et pouffent d'être filmés. Mais c'est cela, la télé-réalité au cinéma. Et puis c'est cela aussi : au milieu du film, les actrices sont interviewés comme lors des curieux débriefings de Loft Story ou de Star Academy. Lors de ces interviews, on n'entend pas la voix de Skorecki. C'est-à-dire qu'on n'entend quelle : ça tourne, caméra, action. On l'entend dire que le cinéma n'est pas mort : il n'a juste jamais été vivant. C'est un mort-vivant, le cinéma, un vampire qui trouve sa jouissance au creux du cou de ce qui lui est étranger. Skorecki filme la jolie Nathanaëlle Viaux parlant de son admiration pour Buffy. Il la drague, Nathanaëlle : le vampire, c'est Skorecki. Skorecki, c'est le cinéma. Parfois, on aimerait bien être à sa place.
Laurent de Sutter

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